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Chronique d’une restauration

24 colonnes à la Une
(extrait de notre journal n°127 - novembre 2007)

Au printemps 2007, un important chantier a permis la restauration du grand escalier accédant au Palais. Ce n’était là que le prélude d’un chantier bien plus important, qui se déroulera au cours des quatre années à venir, redonnant son prestige et sa cohérence à un édifice partagé entre deux propriétaires : L’État et le Département.


Palais de justice : la métamorphose

Une réhabilitation nécessaire

À l’âge vénérable de 160 ans, le Palais de Justice Historique de Lyon a besoin d’une sérieuse cure de jouvence. Conçu par l’architecte Louis-Pierre Baltard pour abriter deux juridictions distinctes séparées par une gigantesque salle des pas perdus, côté Saône, ainsi que par une prison, côté colline, il se trouve aujourd’hui inadapté à ses nouveaux usages de siège de la Cour d’Appel de Lyon (dans l’ancien Palais) et de divers services du Département (dans l’ancienne prison). En outre, il est facile de constater que tous ses équipements techniques sont obsolètes et ses finitions dégradées par les outrages du temps.
Réadapter les circuits fonctionnels de cet édifice aux besoins actuels et futurs de ses occupants et usagers, lui intégrer toutes les techniques modernes de confort et de communication, assurer sa sécurité incendie et sa sûreté, le rendre accessible aux personnes à mobilité réduite, tels sont les objectifs principaux de sa restructuration.
Mais ces nécessaires transformations ne pourront se faire que dans le respect de ce monument historique majeur de notre agglomération, bien connu de tous les Lyonnais qui l’ont baptisé de manière imagée: le « 24 colonnes ». La mise en valeur de ce patrimoine commun constitue donc également un enjeu très important de cette opération à laquelle l’équipe de maîtrise d’œuvre se consacre avec passion et enthousiasme.

Les maîtres d’ouvrage et les concepteurs

En avril 2005, le Département du Rhône et le Ministère de la Justice ont confié au cabinet d’architectes Métropolis, associé à Didier Répellin, Architecte en Chef des Monuments Historiques, le projet de réhabilitation complète du Palais de Justice Historique de Lyon. Ce vaste bâtiment de 11 000 m2 utiles, situé sur le quai de Saône dans le Vieux Lyon, a été classé en totalité monument historique par arrêté du 13 février 1996 (extérieur, intérieur, mobilier). L’équipe de maîtrise d’œuvre comprend également :

  • un cabinet d’architectes du patrimoine : Archipat ;
  • une architecte décoratrice : Catherine Bizouard ;
  • un bureau d’études techniques fluides : Setam ;
  • un bureau d’études techniques structures : Cabut ;
  • un économiste de la construction : Voutay ;
  • un économiste spécialisé en monuments historiques : Jermer

Pourquoi le Département du Rhône se retrouve-t-il maître d’ouvrage mandataire de la réhabilitation d’un Palais de Justice ?
Simplement parce qu’il était de tradition que les départements abritent les tribunaux de grande instance et les cours d’assises. Ainsi, lorsqu’en 1995 le Tribunal de Grande Instance (TGI) quitte l’édifice pour le nouveau Palais qui vient d’être construit à la Part-Dieu, le Département est-il propriétaire de plus de la moitié du bâtiment. Il était alors prévu le départ de toutes les juridictions mais, après une mobilisation des magistrats et des habitants du Vieux Lyon (sous l’égide de la RVL), la décision fut prise de maintenir la Cour d’Appel et la Cour d’Assises dans ce lieu emblématique de l’histoire judiciaire lyonnaise.
Alors que la Cour d’Appel étendait ses activités sur les salles d’audiences et sur les bureaux de la moitié nord du Palais (libérée par le TGI), le Département installait dans sa partie est, rue Saint Jean, certains de ses services :
  • Maison du Rhône,
  • Comité Départemental du Tourisme,
  • Association des Maires Ruraux,
et mettait également des locaux à disposition de la ville de Lyon pour y implanter un poste de police municipale.
Toutefois, l’introduction dans ce bâtiment de services extérieurs à ceux du Ministère de la Justice n’allait pas sans poser des problèmes de sécurité et de sûreté pour le fonctionnement du Palais de Justice proprement dit. Cette situation intermédiaire, inconfortable, a perduré dix ans, faute de crédits pour restaurer et modifier les lieux. Depuis deux ans, le projet de réhabilitation et de restructuration complètes est lancé sous la maîtrise d’ouvrage conjointe de l’Etat et du Département, ce dernier étant mandataire et la Direction Départementale de l’Equipement du Rhône assurant la mission de conducteur d’opération.


Le siège historique du pouvoir judiciaire à Lyon

La justice est rendue sur ce lieu depuis le XIe siècle. Entre le XIe et le XIVe siècle, il s’agissait, d’une justice cléricale, l’archevêque étant alors le seigneur de la ville, siégeant à côté de la primatiale Saint-Jean. La justice s’était installée dans la « maison de Roanne », du nom des deux chanoines, Héraclius de Roanne puis Guillaume de Roanne, qui la possédèrent, d’où les noms de Palais, de Prison et de Place de Roanne qui furent donnés à ces lieux jusqu’au XIXe siècle.
À partir de 1312 (rattachement de Lyon au Royaume de France) et jusqu’à la Révolution, c’est la justice royale qui est rendue ici, la justice ordinaire locale et commerciale du Consulat étant rendue à l’Hôtel de Ville.
En 1622, un terrible incendie ruine le Palais de Roanne et, déjà, de nombreux projets de construction d’un nouveau Palais de Justice voient le jour. L’affaire traîne en longueur par manque de moyens et, finalement, Palais et prison sont reconstruits sur leur emprise entre 1630 et 1643 (Palais de Justice au sud, prison au nord).
Quelques procès célèbres :

  • en septembre 1642, celui de Cinq-Mars et de Thou, accusés par Richelieu d’avoir comploté avec l’Espagne contre Louis XIII,
  • en août 1894, celui de Santo Jeronimo Caserio, qui avait assassiné, le 24 juin, le président Sadi Carnot,
  • de mai à juillet 1987, celui de Klaus Barbie, pour crime contre l’humanité.

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