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Musées Gadagne : renaissance et modernité
(extrait du journal n° 132, juin 2009)

Une fructueuse concertation entre les acteurs de ce chantier a donné naissance à une pensée muséographique moderne, fabuleusement mise en œuvre dans son écrin des XVe et XVIe siècles.

Le 8 décembre 1998, trois jours après l’annonce de la consécration de Lyon comme site inscrit sur la liste du Patrimoine mondial de l’Unesco, le maire signait avec l’État une convention de partenariat pour la restauration du musée Gadagne et de six autres édifices classés Monuments historiques (1). Cette signature venait à point confirmer le choix de l’Unesco et montrait les efforts déjà entrepris, entre Rhône et Saône, pour sauvegarder et mettre en valeur le patrimoine bâti de la cité.
Ce qu’on avait pris l’habitude, au XXe siècle, de désigner sous le nom de « musée Gadagne » était, en réalité un ensemble complexe. À l’origine, c’est-à-dire au XVIe siècle, une juxtaposition de maisons se voyait rachetée, réaménagée (et promue en l’un de nos rares hôtels particuliers) par les Gadagni, une famille de marchands-banquiers florentins venus faire prospérer leurs affaires à Lyon, ville de la soie, des foires franches, de l’imprimerie et de la banque. (2)
À l’autre bout du temps, c’est-à-dire au début du XXe siècle, dans un quartier en plein déclin, la Municipalité rachetait cet ensemble pour y installer un musée consacré au passé de Lyon, à son Histoire. Le musée portait le nom de ses lointains propriétaires, un nom vite francisé par la famille elle-même et devenu proverbial. Certes, il abritait de riches collections d’objets, chargés de raconter les étapes du développement de notre ville, mais tout était présenté de façon plutôt décousue, paraissait vieillot et poussiéreux.
Depuis son entrée en fonction, à l’automne 1994, Simone Blazy, nouvelle conservatrice, ne cessait de travailler (c’est-à-dire : observer, réfléchir, imaginer, proposer) à une métamorphose de ce lieu. Dès son arrivée à Lyon (était-ce sous l’influence des anciens propriétaires ?), elle s’était prise à imaginer une renaissance pour son musée. Et, en femme de caractère, elle n’avait pas tardé de passer à l’action. À cette époque, la porte d’entrée s’ouvrait sur... des pierres tombales, rangées comme des livres dans une bibliothèque. On passait devant cet entassement funèbre avant de prendre, par la droite, le chemin qui conduisait aux caisses. Ambiance ! Les pierres furent vite retirées de là et le visiteur eut droit, en pénétrant dans la cour, à éprouver un premier choc devant les façades intérieures, splendides dans leur semi abandon, et au pied desquelles des camélias vinrent tout à propos, peuplant la cour, jeter contre le noir des touches de couleur.
Si nous rappelons ces prémices, c’est à cause de leur charge symbolique. Car, à partir de là, tout allait être bouleversé. Bien sûr, il fallut convaincre. De plaidoyers en âpres discussions, les choses avancèrent. Et vint la signature de cette convention, liant l’État et la Ville. La métamorphose pouvait commencer.
Avec Didier Repellin, architecte en chef des Monuments Historiques, Catherine Bizouard et François Pin, architectes, l’ambitieux rêve prit forme. Un rêve que le mauvais sort ne manqua pas, à plusieurs reprises, de briser, notamment au mois de juillet 2004, lorsque l’édifice destiné à abriter dorénavant les réserves (et dont la restauration venait juste de s’achever) prit feu et obligea à tout reprendre à zéro - ce qui, avec d’autres incidents de parcours, explique que le chantier se soit prolongé sur une dizaine d’années quand les prévisions initiales étaient de six ans.
Bientôt, ces dix années de travaux ne pèseront guère en comparaison du résultat obtenu. En effet, ce qui se révèle aux yeux du visiteur d’aujourd’hui, c’est, dans un labyrinthe revivifié, le parcours remarquablement raisonné d’une réflexion sur le développement de notre ville, depuis le Moyen-Âge jusqu’au XXIe siècle.
Et nous ne pouvons que noter, une fois encore, la symbolique de l’organisation de tout ce qui nous attend, étage après étage. Si l’on se souvient que les Romains s’installèrent sur la colline de Fourvière et que le musée de la civilisation gallo-romaine (sous la responsabilité du département du Rhône) présente cette première page de notre Histoire sur les flancs mêmes de la colline, vis-à-vis des théâtres antiques, on n’est pas surpris d’avoir d’abord à descendre au sous-sol de Gadagne qui, jusqu’en 1998, abritait les réserves du musée, pour découvrir ce que la ville nous a légué du Moyen-Âge, et de devoir ensuite, gravissant le bel escalier à vis, « monter » peu à peu à la découverte des différents siècles, dont un choix judicieux d’objets, de tableaux, de gravures, émaillés de citations d’auteurs, évoque le déroulement.
Une fructueuse concertation entre les acteurs de ce chantier a donné ainsi naissance à une pensée muséographique moderne, fabuleusement mise en œuvre dans son écrin des XVe et XVIe siècles, intelligente, poétique, vivante. Une Renaissance.

(1) Le 3 avril 1998, en présence de Mme Trautmann, Ministre de la Culture, un protocole d’accord pour l’établissement de deux conventions (triennales) déterminant les axes prioritaires d’une revalorisation globale du patrimoine lyonnais était signé par M. Besse, préfet de Région, préfet du Rhône, et par M. Barre, maire de Lyon. La première convention s’appliquait à la « restauration et la restructuration du Musée historique de Lyon (Musée Gadagne) et à la mise en œuvre de l’Inventaire général des monuments et richesses historiques de Lyon » La deuxième visait « la restauration d’édifices majeurs du site historique classés Monuments historiques : les églises Saint-Irénée, Saint-Paul, Saint-Nizier, Saint-Bruno, la Maison du Chamarier, la fontaine Bartholdi ». Ces deux conventions furent signées le 8 décembre 1998.

(2) Deux Gadagni (Thomas et François) avaient été dépêchés de Florence à Lyon dès la fin du XVe siècle, après les revers de fortune subis par la famille, fâchée avec les Médicis. Reçus par des compatriotes à la tête de maisons de banques installées près du « Puits de la Porcherie » (à l’angle actuel des rues de Gadagne et de la Loge), ils fondèrent rapidement leur propre « compagnie », qui allait connaître une réussite exceptionnelle.


Un miroir du Vieux-Lyon

L’histoire du site commence dès le début du Premier siècle avant Jésus-Christ, avant même la fondation de Lugdunum par les Romains. À elle seule, cette histoire incarne et rassemble celle de tout le quartier connu aujourd’hui sous le nom de « Vieux-Lyon ».

Occupé par des artisans, aménagé en entrepôt puis en habitat luxueux, le site est abandonné au IIIe siècle, puis englouti par un glissement de terrain au Ve.
Il renaît au Moyen-Âge avec la construction de la prestigieuse maison de la Boyssette, en bordure de la rue Saint-Jean. Les dépendances de celle-ci gagnent peu à peu les pentes et sont transformées, au cours du XVe siècle, en habitations.
Entre 1489 et 1492, de riches marchands piémontais, les Pierrevive, édifient le long de la montée Saint-Barthélemy un hôtel luxueux, nommé Belregard. Ils construisent plus bas des locaux fonctionnels pour leurs activités commerciales et bancaires, que leurs fils, Nicolas et André, transforment, de 1511 à 1525, en de riches hôtels particuliers destinés aux réceptions et aux fêtes. La fille de Nicolas, mariée à un Gondi, ouvre ici un salon littéraire que fréquentent les grands esprits de l’époque : Maurice Scève, Étienne Dolet, Bonaventure Des Périers, Marot, etc. L’ensemble est vendu, en 1545, à une nouvelle famille de riches banquiers-marchands, les Gadagni, originaires de Florence et obligés par les Médicis de fuir leur ville natale. Ces derniers agrandissent l’hôtel en gagnant sur la colline et en lui donnant plus de hauteur encore. Nous sommes en plein âge d’or de la Renaissance Française. La présence ici, fréquente, de François Ier et de sa Cour contribue à l’essor de la ville de Lyon.
Bien qu’ils ne résident plus dans notre ville dès 1581, les Gadagni, devenus Gadagne, laissent une forte empreinte dans la vie des Lyonnais. En témoigne le proverbe Riche comme Gadagne, à propos duquel on oublie souvent de rappeler que cette famille « étrangère » avait mis sa fortune à la disposition de la couronne de France pour permettre au roi, fait prisonnier au lendemain de la défaite de Pavie, de recouvrer la liberté. L’hôtel particulier porte désormais leur nom.
En 1654, André Falconnet construit un nouveau corps de bâtiment et un petit jardin d’agrément appuyé à la montée du Garillan. Le bâtiment se fige au XVIIIe siècle et se voit, au cours du XIXe, avec le déclin du Vieux-Lyon, divisé en de nombreux appartements. Près de soixante familles vivent ici, réaménageant les lieux à leur convenance, murant des fenêtres, installant des baraquements, qui contribuent à parasiter et à défigurer l’architecture d’origine.
Vers 1898, la commission archéologique du Vieux-Lyon désigne l’ensemble de ces bâtiments comme édifice remarquable. La Municipalité entreprend l’acquisition de premiers « morceaux » de l’édifice en 1902. Le classement au titre de Monument historique intervient en 1920 et la totalité de l’Hôtel appartient à la Ville en 1941.
C’est là qu’à partir de 1921 s’ouvrent les premières salles du musée d’Histoire de Lyon.
En 1950, d’autres salles, dans le même lieu, sont aménagées pour accueillir le musée des marionnettes du monde.

Le musée des marionnettes du monde

Unique Musée en France consacré à ce domaine, le « musée des marionnettes du monde » est installé dans l’Hôtel de Gadagne depuis 1950. Autour des marionnettes historiques de Gnafron, Guignol et Madelon, que Laurent Mourguet avait créées au début du XIXe siècle, la collection a très rapidement rassemblé des marionnettes en provenance du monde entier, présentées à part dans quelques salles du musée.
La nouvelle présentation intègre harmonieusement cette collection au parcours du visiteur et lui donne toute sa cohérence. En 9 salles, au lieu de 5, plus de 2 000 marionnettes sont montrées, ainsi qu’un nombre considérable de toiles de fonds, de coulisses, de décors, de costumes, de castelets, d’affiches, de programmes et de manuscrits, témoins des différents répertoires.

Chantier difficile, résultat somptueux

Le chantier de restauration qui s’achève aujourd’hui a été conduit par Didier Repellin, architecte en chef des Monuments historiques, François Pin, architecte, et Catherine Bizouard, architecte et scénographe. Nous avons eu le plaisir de nous entretenir avec Didier Repellin.

Chaque chantier a ses particularités : quelles ont été celles de Gadagne ?
La première est qu’il s’est agi non seulement d’une restauration, disons « classique », de bâtiments anciens, mais aussi de leur totale réhabilitation. Avec, de surcroît, une vision complètement neuve de la muséographie. Il fallait, dès le départ, avoir une vue d’ensemble de ce que serait l’objet, multiple mais devenu homogène, livré en fin de chantier.
Nous avons travaillé « à six mains ». Moi, essentiellement sur l’enveloppe - il faudrait dire les enveloppes, - François Pin et Catherine Bizouard sur le réaménagement. Nous avons eu pour principe de nous consulter les uns les autres en permanence et sur tous les problèmes, non seulement tous les trois, mais l’ensemble de nos collaborateurs. L’entente a été excellente et a considérablement facilité les choses.
La deuxième particularité vient du bâtiment lui-même. Je parlais, à l’instant, d’enveloppes. En effet, il ne s’agissait pas d’un bâtiment unique (comme c’est le cas, par exemple, du Palais de Justice historique), mais de la réunion d’au moins quatre édifices distincts, et déjà remaniés au fil des siècles. Chaque « maison » avait gardé sa typologie, le seul élément qui les unifiait étant la grande cour intérieure, aménagée sous l’impulsion des Gadagne eux-mêmes. Et puis, la « maison » principale n’était pas entière. Il en manque un morceau : la rue Gadagne emprunte, depuis plusieurs siècles, une ancienne cour intérieure, d’où s’élevaient deux tours d’escaliers.

Donc un chantier difficile ?
Oui, les principales difficultés venant des ruptures de niveau entre les différentes « maisons ». À quoi, il faut ajouter l’hétérogénéité et la fragilité des maçonneries. Avec des reprises d’autant plus difficiles à effectuer que les structures anciennes se trouvaient le plus souvent masquées, engluées même, dans des chapes de ciment ponctuées de ferrailles diverses, que les « réaménageurs » du XIXe siècle avaient utilisées quand ces « maisons » furent revendues à des propriétaires différents. La consolidation opérée à l’époque relevait plutôt du bricolage que d’une véritable réflexion architecturale. Restructurer tout cela nécessitait non seulement une bonne compréhension entre architectes, mais aussi le savoir-faire d’entreprises hautement qualifiées pour le traitement du bâti ancien.
Une autre difficulté a été remarquablement résolue par François Pin. La circulation intérieure était un véritable dédale, ce qui n’est pas surprenant compte tenu de l’origine des édifices. À cela, François a substitué un parcours à la fois rationnel et respectueux de la charte veillant à l’accessibilité de tous. Consolidant la colline (en utilisant la technique des tirants), il a pu créer un vaste « couloir » de circulation (comprenant escaliers à degrés ou à pans inclinés et ascenseurs) tout au long de la partie de l’édifice qui se trouve au contact de celle-ci. Cette cavité (quelques milliers de m3 de terre ont été extraits de là) a été traitée de façon résolument contemporaine et a permis de conserver l’intégralité du bâti ancien. Quand on se déplace aujourd’hui dans cette partie du musée, l’œil ressent parfaitement la « frontière » entre le XVIe siècle (restauré) et le XXIe siècle, qui apporte sa touche de création au bâtiment.

Un chantier heureux ?
Heureux aujourd’hui, parce que nous en voyons enfin le résultat attendu. Ce chantier était prévu pour durer six ans. Divers incidents (dont un gravissime incendie) nous ont obligés à y ajouter quatre années supplémentaires. Mais, au bout du compte, le surcoût n’a été que de 5%.
Surtout, nous avons le grand bonheur d’avoir contribué à la restauration complète de ce qui pourra être considéré comme un des plus beaux musées historiques de ville en France, un musée qui n’est pas un « Carnavalet » de plus, mais, grâce notamment à la concertation entre Simone Blazy, conservatrice du musée, et Catherine Bizouard, qui a mis ici tout son savoir-faire d’architecte scénographe, un outil polyvalent, multiple et ouvert sur l’avenir.
Le nouveau « Gadagne » répond aux vœux de l’Unesco qui, inscrivant le site historique de Lyon sur la liste du Patrimoine mondial, consacrait un lieu exceptionnel à valeur universelle, un lieu habité, entretenant son patrimoine et le prolongeant par les créations d’aujourd’hui. Une seule image : d’une gargouille, il ne restait plus que la trace de son accrochage au-dessus d’une des galeries qui domine la cour ; Emmanuel Fourchet, sculpteur, fait revivre cette gargouille en s’inspirant des armes de l’illustre famille.


Du musée aux musée(s) :

Avril 1998 : la Ville de Lyon approuve l’opération de restructuration du « musée Gadagne ».

8 Décembre 1998 : signant une convention avec la Ville, l’État apporte son concours financier au projet.
L’ensemble est composé de multiples bâtiments, transformés et remaniés depuis le XVIe siècle et, pour certains, non occupés depuis le début du XXe siècle. Les travaux engagés auront, entre autres missions, celle de donner une cohérence à ce qui va devenir l’un des plus vastes ensembles Renaissance de Lyon.

1999 - 2009 : le chantier marie restauration et restructuration et permet de donner une véritable visibilité aux deux collections que l’édifice abrite. Implanté ici depuis 1920, le musée d’histoire de Lyon bénéficiera désormais de 30 salles d’exposition permanente. Le musée des marionnettes du monde, créé en 1950, s’exposera, lui, dans 9 salles.
La surface utile de l’édifice est doublée, passant de 3 000 m2 à 6 000 m2, et sa fonctionnalité optimisée. De nouveaux espaces sont créés afin de faciliter et de rendre plus agréable la visite du public : accueil, petit théâtre (150 places), centre de documentation, café, boutique, jardins en terrasse (700 m2) et ateliers pédagogiques.
La muséographie est totalement renouvelée : le parcours sollicitera désormais la sensibilité visuelle, auditive et tactile du visiteur : couloir d’images sonores de la ville, théâtres de papiers, pupitres tactiles, images animées, proposeront à celui-ci une approche conviviale du musée.
S’appuyant sur les toutes nouvelles technologies, la muséographie reste cependant sensible et humaine. Dans les salles, des audioguides, des films et des dispositifs multimédia ludiques et didactiques complèteront la visite et éclaireront les collections sous des angles différents.

12 juin 2009 : inauguration officielle des « musée(s) Gadagne ». Ce nouveau musée d’Histoire de Lyon et des marionnettes du monde est un « lieu ressource » pour comprendre la ville, dans toutes ses composantes : urbanistiques, économiques, sociales, politiques, cultuelles, culturelles...
Lieu patrimonial (l’audioguide et de nombreux textes dans les salles offrent au visiteur la possibilité d’une découverte complète de l’histoire de l’édifice), il se veut également espace de réflexion et de rencontre sur la ville, grâce à de multiples partenariats et à une solide implantation territoriale. Abordant la multiplicité des visages de la seconde agglomération de France, depuis ses origines jusqu’à aujourd’hui, il présente une synthèse des identités de celle-ci et renvoie vers des institutions culturelles qui développent ces grands thèmes : musée des tissus et des arts décoratifs, musée Lumière, musée Henri Malartre (automobile), musée d’art contemporain, musée des Beaux-arts, musée urbain Tony Garnier, etc.
Forum, le musée veut faciliter le partage du passé et du présent avec un regard neuf et critique, permettant d’envisager l’avenir.

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